Réglementation

Loyer impayé : la mise en demeure et le recouvrement étape par étape

Propriétaire rédigeant une mise en demeure et préparant les documents de recouvrement d'un loyer impayé au Québec

La mise en demeure pour un loyer impayé est la première étape écrite du recouvrement au Québec : une lettre formelle qui somme le locataire de payer son solde dans un délai précis, sous peine de recours. Bien rédigée, elle règle souvent le litige sans même passer devant le tribunal — et si le dossier va plus loin, elle devient une pièce de preuve précieuse. Ce guide pour propriétaires de plex détaille quand envoyer la mise en demeure, quoi y inscrire, quels délais respecter, comment conclure une entente de paiement, puis comment enchaîner sur un recours au Tribunal administratif du logement (TAL) si le locataire ne s'exécute pas.

Quand envoyer une mise en demeure pour loyer impayé?

Au Québec, le loyer est payable le premier jour de chaque terme — généralement le 1er du mois. Dès qu'un locataire est en retard, vous êtes en droit de lui transmettre une mise en demeure. En pratique, beaucoup de propriétaires attendent quelques jours et une relance informelle avant de dégainer la lettre formelle, mais rien ne vous y oblige.

Il faut toutefois distinguer deux seuils. Pour réclamer le paiement, aucun délai minimal n'est requis : le loyer est dû, point. Mais pour demander la résiliation du bail au TAL, le Code civil du Québec, expliqué par Éducaloi, exige que le locataire ait plus de trois semaines de retard, ou que le retard cause un préjudice sérieux. La mise en demeure sert justement à documenter ce retard et à mettre la pression avant d'atteindre ce seuil.

La mise en demeure n'est pas une formalité obligatoire pour saisir le TAL en non-paiement, mais elle reste vivement recommandée. Elle prouve que vous avez interpellé le locataire, elle amorce le calcul des dommages et, très souvent, elle suffit à débloquer le paiement.

Que doit contenir une mise en demeure efficace?

Une bonne mise en demeure est factuelle, datée et sans ambiguïté. Le ton reste professionnel : ce n'est pas une menace, c'est un avis juridique formel. Voici les éléments à inclure impérativement.

  • Les mentions d'identification : vos coordonnées, celles du locataire et l'adresse exacte du logement visé.
  • La mention « MISE EN DEMEURE » bien visible, généralement en en-tête.
  • Le montant exact dû, ventilé mois par mois, avec les dates d'échéance et le solde total réclamé.
  • Un délai clair pour payer (par exemple 10 jours à compter de la réception) et le mode de paiement accepté.
  • Les conséquences du défaut : dépôt d'une demande au TAL, résiliation du bail, réclamation des dommages et des frais.
  • La date et votre signature.

Évitez d'y glisser des éléments non prévus au bail (pénalités inventées, avances de loyer) ou des propos agressifs. Une lettre sobre et précise est plus crédible devant un juge administratif. Éducaloi met à disposition des modèles gratuits de mise en demeure que vous pouvez adapter à votre situation.

Source : Éducaloi — Comment faire une mise en demeure et Le non-paiement du loyer.

Quel délai accorder, et comment l'envoyer?

Le délai doit être raisonnable. Pour un loyer, un délai de 10 jours est courant et généralement jugé suffisant. Un délai trop court (48 heures, par exemple) risque d'être perçu comme abusif; un délai trop long affaiblit votre urgence. Fixez une date butoir précise plutôt qu'une formule floue.

Le mode d'envoi est crucial, car vous devrez peut-être prouver la réception. Le tableau ci-dessous compare les options courantes.

Mode d'envoiForce probanteÀ retenir
Courrier recommandé avec accusé de réceptionÉlevéeLe plus recommandé; conservez l'accusé et une copie de la lettre.
Remise en main propre avec témoinÉlevéeFaites signer une preuve de réception ou notez le témoin.
CourrielMoyennePratique et rapide, mais la réception est plus facilement contestée.
Courrier ordinaireFaibleAucune preuve de réception; à éviter seul.

Peu importe le moyen choisi, conservez une copie de la lettre, la preuve d'envoi et, si possible, l'accusé de réception. Ces pièces valent de l'or si le dossier aboutit devant le TAL.

Chiffrez le manque à gagner d'un loyer impayéEstimez la perte réelle et le rendement de votre plex avant de vous engager dans un recours.
Dossier de recouvrement d'un loyer impayé et litige de non-paiement devant le TAL au Québec
Une mise en demeure documentée est le socle d'un recouvrement réussi, à l'amiable comme au tribunal.

L'entente de paiement : la voie la plus rapide

Souvent, la mise en demeure ouvre la porte à une discussion. Un locataire de bonne foi mais temporairement à court peut proposer d'étaler le remboursement. C'est fréquemment la solution la plus rapide et la moins coûteuse pour tout le monde : vous récupérez votre argent sans les délais et les frais d'un recours.

La règle d'or : mettez l'entente par écrit. Précisez le solde total, l'échéancier de remboursement (dates et montants de chaque versement), le mode de paiement et une clause prévoyant ce qui se passe en cas de non-respect. Faites signer les deux parties et conservez une copie. Une entente écrite protège autant le locataire que le propriétaire, et elle peut être présentée au TAL si le locataire flanche.

Attention aux avances et dépôts interdits

Dans votre entente, vous ne pouvez pas exiger de dépôt de garantie ni d'avances de loyer au-delà du premier terme : ces pratiques sont interdites au Québec. Réclamez uniquement les sommes réellement dues. Voir notre guide sur les dépôts et avances de loyer interdits.

Sans réponse : passer au recours au TAL

Si le délai de la mise en demeure expire sans paiement ni entente, l'étape suivante est le dépôt d'une demande au Tribunal administratif du logement. Vous pouvez y réclamer le recouvrement des loyers dus et, selon l'ampleur du retard, la résiliation du bail. Le TAL priorise généralement les causes de non-paiement, mais les délais réels peuvent s'étendre sur plusieurs mois.

C'est ici que votre mise en demeure prend toute sa valeur : accompagnée du bail, du relevé des loyers et de la preuve d'envoi, elle constitue une pièce solide de votre dossier. Pour la marche à suivre détaillée — formulaire, frais, preuve et audience —, consultez notre guide complet sur comment faire une demande au TAL en tant que propriétaire. Rappel important : même avec une décision favorable, seul un huissier peut exécuter une éviction — jamais vous-même.

Source : Tribunal administratif du logement et Éducaloi — Logement.

Erreurs fréquentes de recouvrement à éviter

  • Menacer au lieu d'informer. Une lettre agressive ou des propos intimidants nuisent à votre crédibilité et peuvent se retourner contre vous.
  • Envoyer sans preuve. Un courriel seul, sans accusé, complique la démonstration de la réception.
  • Fixer un délai déraisonnable. Un délai de quelques heures peut être jugé abusif; privilégiez 10 jours.
  • Conclure une entente verbale. Sans écrit signé, l'entente est presque impossible à faire respecter.
  • Se faire justice soi-même. Changer les serrures ou couper les services est illégal au Québec, même en cas de non-paiement.
  • Attendre trop longtemps. Plus la dette s'accumule, plus le recouvrement devient difficile; agissez tôt.
Feuille de calcul des pertes de loyer impayé sur un triplex de la Rive-Nord, avec ventilation mois par mois

Le gabarit d'une mise en demeure, ligne par ligne

Beaucoup de propriétaires paralysent leur recouvrement parce qu'ils ne savent pas comment structurer la lettre. En réalité, une mise en demeure efficace tient sur une page et suit toujours la même charpente. Voici le gabarit détaillé, bloc par bloc, avec ce que chaque section doit accomplir. Vous pouvez le recopier et l'adapter à votre plex de la Rive-Nord — l'important est d'être précis, daté et vérifiable.

Bail et documents locatifs d'un multilogement servant de preuve dans un dossier de loyer impayé

1. L'en-tête et les coordonnées

En haut à gauche, inscrivez vos nom et adresse complète (le locateur ou la société propriétaire). En dessous, la date d'envoi — c'est elle qui fait courir le délai. Puis, à droite ou en dessous, le nom exact du ou des locataires et l'adresse du logement visé, numéro d'appartement compris. Si le bail est au nom de deux colocataires solidaires, nommez-les tous les deux : la solidarité vous permet de réclamer la totalité du solde à chacun.

2. La mention « MISE EN DEMEURE » et l'objet

Écrivez « MISE EN DEMEURE » en majuscules, en gras, bien visible. C'est la formule qui transforme une simple lettre de rappel en avis juridique formel. Ajoutez une ligne d'objet claire : « Objet : loyers impayés — logement situé au [adresse] ». Un locataire qui voit ces mots comprend immédiatement que l'étape suivante est le tribunal.

3. Le corps : les faits, puis la sommation

Le corps s'écrit en trois temps. D'abord les faits : « Vous êtes locataire du logement situé au [adresse] en vertu d'un bail débutant le [date], au loyer mensuel de [montant]. » Ensuite le constat du défaut : « À ce jour, vous n'avez pas acquitté les loyers des mois de [liste], pour un solde total de [montant]. » Enfin la sommation : « Je vous mets en demeure de payer la somme de [montant] dans un délai de 10 jours à compter de la réception de la présente, à défaut de quoi j'entreprendrai sans autre avis les recours prévus par la loi, incluant une demande au Tribunal administratif du logement en recouvrement et en résiliation de bail, avec réclamation des intérêts, de l'indemnité additionnelle et des frais. »

4. La clôture, la date et la signature

Terminez par une formule sobre (« Veuillez agir en conséquence »), votre signature manuscrite et vos coordonnées pour le paiement (mode accepté, personne à contacter). N'oubliez pas de conserver l'original signé et une copie datée : ce sont ces pièces que vous déposerez au TAL.

Le réflexe qui fait la différence

  • Numérotez vos loyers impayés mois par mois plutôt qu'un seul montant global : la ventilation est plus crédible et facilite le calcul des intérêts.
  • Datez la lettre le jour réel de l'envoi, pas une date « ronde ».
  • Gardez un ton neutre : « je vous mets en demeure » suffit; inutile de menacer.
  • Envoyez une copie par un second canal (courriel en plus du recommandé) pour multiplier les traces.

Éducaloi met à disposition des modèles gratuits que vous pouvez remplir en quelques minutes. L'erreur classique consiste à rédiger un texte trop long, émotif ou vindicatif : un juge administratif accorde plus de poids à une lettre factuelle qu'à un réquisitoire. La sobriété est une force, pas une faiblesse.

Source : Éducaloi — Comment faire une mise en demeure.

Formulaire de demande de non-paiement de loyer au Tribunal administratif du logement du Québec

Calculer exactement la somme à réclamer

Le montant que vous inscrivez dans la mise en demeure — puis dans votre demande au TAL — doit être exact et documenté. Un solde gonflé ou approximatif affaiblit votre dossier; un solde sous-évalué vous fait perdre de l'argent. Voici comment le construire proprement, à partir d'un exemple concret de triplex sur la Rive-Nord.

Partez d'un relevé des loyers

Ouvrez un tableau simple : une ligne par mois, avec le loyer dû, le montant réellement reçu et le solde. Ce relevé sert deux fois — dans la mise en demeure, puis comme pièce de preuve à l'audience. Prenons un logement loué 1 250 $ par mois dont le locataire a cessé de payer :

MoisLoyer dûReçuSolde cumulé
Avril1 250 $0 $1 250 $
Mai1 250 $0 $2 500 $
Juin1 250 $625 $ (paiement partiel)3 125 $
Juillet1 250 $0 $4 375 $

À la fin juillet, le solde en principal est de 4 375 $. C'est ce chiffre, ventilé comme ci-dessus, qui doit figurer dans votre mise en demeure. Attention : imputez d'abord les paiements partiels sur les loyers les plus anciens, sauf indication contraire du locataire.

Les intérêts et l'indemnité additionnelle

Sur les sommes dues, vous pouvez réclamer l'intérêt au taux légal, fixé à 5 % par an au Québec, ainsi que l'indemnité additionnelle prévue par le Code civil. Cette indemnité correspond à l'écart entre le taux d'intérêt applicable aux créances de l'État (fixé par Revenu Québec et révisé chaque trimestre) et le taux légal de 5 %. Concrètement, le TAL peut condamner le locataire à payer, en plus du principal, ces intérêts calculés depuis la date de chaque loyer impayé jusqu'au paiement complet.

Ne vous perdez pas dans le calcul manuel : dans votre demande au TAL, il suffit de réclamer « les intérêts au taux légal et l'indemnité additionnelle depuis la date de chaque échéance ». Le Tribunal en fixe le montant exact dans sa décision. Vous n'avez donc pas à chiffrer chaque dollar d'intérêt dans la mise en demeure — mentionnez simplement que vous les réclamerez.

Source : Code civil du Québec (art. 1617 et 1619) et Barreau du Québec — Tableaux de taux d'intérêt.

Ce que vous ne pouvez PAS ajouter

Oubliez les « frais de retard » forfaitaires (25 $, 50 $ par jour) inventés dans certains baux : ils sont sans effet s'ils ne respectent pas la loi. De même, vous ne pouvez pas réclamer d'avance de loyer ni de dépôt de garantie, interdits au Québec. Tenez-vous-en aux loyers réellement dus, aux intérêts et aux frais judiciaires.

Le manque à gagner réel dépasse le solde impayé

Pour votre propre décision de gestion, gardez en tête que le coût d'un locataire qui ne paie plus ne se limite pas au loyer dû. Ajoutez les mois où le logement reste bloqué pendant la procédure, les frais de dossier, le temps consacré et, parfois, des dégâts à la remise des clés. Sur un triplex, un seul logement en défaut pendant six mois peut représenter plusieurs milliers de dollars de manque à gagner. C'est souvent ce chiffre global, et non le solde juridique, qui pèse dans la balance quand on évalue s'il vaut mieux poursuivre le recouvrement ou envisager une sortie.

Le recours au TAL, étape par étape

Quand le délai de la mise en demeure expire sans paiement ni entente, vous passez à la demande formelle au Tribunal administratif du logement. Voici le parcours réel, du formulaire à l'audience, pour une cause de non-paiement.

Recours au Tribunal administratif du logement pour recouvrer un loyer impayé au Québec

Étape 1 — Remplir le bon formulaire

Le TAL propose un formulaire spécifique de demande relative au non-paiement de loyer. Vous y indiquez les parties, l'adresse du logement, le loyer, les mois impayés, le solde réclamé et vos conclusions : recouvrement des loyers dus, résiliation du bail (si le retard le justifie), intérêts, indemnité additionnelle et frais. La demande peut se déposer en ligne ou au comptoir.

Étape 2 — Payer les frais de dépôt

Des frais s'appliquent au dépôt. En 2026, ils sont d'environ 83 $ pour la majorité des demandes, et grimpent pour les réclamations les plus élevées (jusqu'à 259 $ pour un non-paiement supérieur à 15 000 $). Les prestataires d'un programme d'aide financière de dernier recours peuvent en être exemptés sur preuve. Ces frais font partie de ce que vous pourrez réclamer au locataire perdant.

Source : Tribunal administratif du logement — Frais exigibles.

Étape 3 — La priorisation des causes de non-paiement

Bonne nouvelle pour les propriétaires : les causes de non-paiement sont priorisées par le TAL. Le Tribunal vise une première audience dans un délai relativement court — de l'ordre de quelques semaines — contrairement à d'autres litiges qui peuvent s'étirer sur un an ou plus. Attention toutefois : « prioritaire » ne veut pas dire « instantané ». Entre le dépôt, la notification au locataire, l'audience et la décision, il faut généralement compter plusieurs semaines, parfois davantage selon le district.

Source : TAL — Demande relative au non-paiement de loyer.

Étape 4 — Préparer et présenter la preuve

À l'audience, présentez un dossier organisé : le bail signé, le relevé des loyers, la mise en demeure et sa preuve d'envoi, les échanges avec le locataire. Un dossier clair et chronologique convainc plus qu'un long récit. C'est ici que votre mise en demeure prend toute sa valeur : elle démontre que vous avez agi de bonne foi et interpellé le locataire avant de saisir le Tribunal. Pour la marche à suivre détaillée, consultez notre guide sur comment faire une demande au TAL en tant que propriétaire.

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Décision du TAL et étapes d'exécution d'un jugement de recouvrement de loyer au Québec

Après le jugement : paiement, exécution et huissier

Obtenir une décision favorable est une étape, pas la fin de l'histoire. Entre le dépôt et l'argent réellement récupéré, plusieurs scénarios sont possibles. Voici ce qui se passe une fois la demande déposée.

Le locataire peut payer avant le jugement

C'est un mécanisme que tout propriétaire doit connaître : dans une cause de résiliation pour non-paiement, le locataire peut éviter la résiliation du bail en payant, avant que le jugement ne soit rendu, la totalité du loyer dû, les intérêts et les frais. Autrement dit, même si vous demandez la résiliation, un locataire qui régularise sa dette à la dernière minute conserve son logement. Vous récupérez alors votre argent, mais le bail se poursuit. Pour beaucoup de propriétaires, c'est un résultat acceptable; pour d'autres, la relation est rompue et cette issue frustre. Dans tous les cas, la loi privilégie le maintien dans les lieux.

Source : Éducaloi — Le non-paiement du loyer et Code civil du Québec (art. 1883).

Le jugement de recouvrement

Si le locataire ne paie pas, le TAL rend une décision qui le condamne à vous verser le solde, les intérêts, l'indemnité additionnelle et les frais. Cette décision est un titre exécutoire : elle a la même force qu'un jugement de cour. Mais un titre ne remplit pas votre compte tout seul. Si le locataire ne s'exécute pas volontairement, vous devrez passer à l'exécution forcée.

L'exécution forcée passe par un huissier

Pour faire exécuter le jugement — saisie de biens, saisie de salaire, ou éviction si la résiliation a été prononcée —, vous devez mandater un huissier de justice. Rappel capital : vous ne pouvez jamais expulser un locataire vous-même. Changer les serrures, sortir les meubles ou couper l'électricité est illégal au Québec, même avec un jugement en main. Seul l'huissier, muni du jugement, peut procéder. La saisie de salaire est souvent le moyen le plus efficace de récupérer une créance quand le locataire travaille.

Étapes et délais d'exécution d'un jugement et d'expulsion d'un locataire de plex sur la Rive-Nord

Le recouvrement contre un locataire déjà parti

Si le locataire a quitté le logement en laissant une dette, la résiliation n'a plus d'objet, mais la créance demeure. Vous pouvez réclamer les loyers impayés au TAL (ou, selon le montant et le contexte, à la Division des petites créances). Encore faut-il retrouver le débiteur et qu'il ait des revenus saisissables — d'où l'importance d'agir tôt, avant que la personne ne devienne introuvable.

Distinction entre occupant sans bail et locataire avec bail dans un plex au Québec

Cas particuliers de recouvrement

Le scénario type — un locataire, un loyer, un retard — ne couvre pas toutes les situations. Voici les cas de figure qui reviennent le plus souvent chez les propriétaires de plex, et comment les aborder.

Colocataires et bail solidaire

Quand deux personnes signent le même bail avec une clause de solidarité, chacune est responsable de la totalité du loyer, pas seulement de « sa moitié ». Adressez donc votre mise en demeure aux deux, et réclamez le plein montant à chacune. Si l'un des colocataires est parti et que l'autre reste, vous pouvez poursuivre celui qui a les moyens de payer — à charge pour lui de se retourner ensuite contre son ex-colocataire. La solidarité est un atout de recouvrement puissant : ne l'oubliez pas dans vos baux.

Chèque sans provision ou paiement refusé

Un paiement qui « revient » (chèque sans provision, prélèvement refusé) équivaut à un non-paiement : le loyer n'est pas acquitté. Documentez l'avis de la banque, ajoutez le montant au solde et procédez comme pour tout retard. Si le locataire multiplie les chèques sans provision, ce comportement peut nourrir un argument de retards fréquents causant un préjudice sérieux, un autre motif de résiliation prévu par la loi.

Locataire prestataire d'aide sociale

Un locataire à faible revenu reste tenu de payer son loyer, et vous conservez tous vos recours. Dans certains cas, un mécanisme de versement du loyer directement au propriétaire peut exister via l'aide de dernier recours. Renseignez-vous auprès des organismes compétents plutôt que de présumer : une entente de paiement adaptée au budget du locataire est souvent plus productive qu'une confrontation.

Retards fréquents plutôt qu'un seul gros défaut

Certains locataires paient toujours, mais systématiquement en retard. Le Code civil prévoit que des retards fréquents peuvent justifier la résiliation du bail s'ils causent un préjudice sérieux au propriétaire. Il faut alors documenter le motif chronologiquement : dates de chaque paiement tardif, relances, impact sur votre trésorerie. Une mise en demeure qui rappelle l'historique des retards prépare bien ce type de dossier.

Source : Code civil du Québec (art. 1971) et Éducaloi.

Occupant sans bail : un régime différent

Une personne qui occupe un logement sans bail (par exemple un ex-conjoint resté sur place, ou quelqu'un que vous n'avez jamais accepté comme locataire) ne relève pas nécessairement des mêmes règles que votre locataire signataire. Avant d'agir, clarifiez le statut de l'occupant — la démarche de recouvrement et d'expulsion peut différer sensiblement.

Inspection d'un plex habité et sélection des locataires sur la Rive-Nord pour prévenir les loyers impayés

Prévenir les impayés sur votre plex Rive-Nord

Le meilleur recouvrement est celui qu'on n'a jamais à faire. Sur un multilogement, quelques réflexes réduisent nettement le risque de tomber sur un locataire qui cesse de payer. La prévention ne coûte presque rien; un impayé, lui, peut coûter des mois de loyer.

Sélectionner rigoureusement avant de signer

La vérification préalable est votre première ligne de défense. Avant de louer, vous pouvez, avec le consentement du candidat, vérifier ses références de logement, valider son emploi et consulter son dossier de crédit. Un historique de paiement propre est le meilleur indicateur d'un futur bon payeur. Méfiez-vous des dossiers pressés (« il me faut le logement demain »), des paiements comptant sans explication et des réticences à fournir des références. Sur la Rive-Nord, où la demande locative est forte, prenez le temps de choisir : un logement vide un mois de plus coûte bien moins cher qu'un locataire problématique installé pour un an.

Un bail clair, sans clauses illégales

Utilisez le bail obligatoire du TAL et remplissez-le complètement : loyer, date de paiement, mode de paiement, mentions obligatoires. N'y glissez pas de clauses illégales (avances, dépôts, pénalités forfaitaires) : elles sont sans effet et minent votre crédibilité si le dossier va au Tribunal. Un bail solidaire, quand plusieurs adultes occupent le logement, renforce nettement votre position de recouvrement.

Un suivi serré des paiements

Suivez vos encaissements comme une entreprise. Dès qu'un loyer n'entre pas le jour prévu, relancez immédiatement — un rappel amical dès le 2 ou le 3 du mois désamorce bien des situations avant qu'elles ne dégénèrent. Le privilège des paiements préautorisés, quand le locataire l'accepte, réduit les oublis. Tenez un relevé à jour par logement : ce document deviendra une pièce de preuve précieuse si un impayé survient malgré tout.

La règle des « 72 heures »

  • Loyer non reçu le jour prévu : notez-le et envoyez un rappel courtois.
  • Toujours rien après quelques jours : appelez pour comprendre la situation.
  • Pas de paiement ni d'explication : préparez la mise en demeure.
  • Délai de la mise en demeure expiré : déposez la demande au TAL sans laisser la dette s'accumuler.

Agir vite n'est pas être dur : c'est protéger à la fois votre trésorerie et la relation. Un locataire de bonne foi préfère souvent une entente rapide à une dette qui gonfle. Et un locataire de mauvaise foi, lui, comprend que vous suivez vos dossiers de près.

Propriétaire de plex pesant recouvrement et vente face à un loyer impayé sur la Rive-Nord

Quand le recouvrement ne vaut plus la peine

Il existe un point de bascule où poursuivre le recouvrement coûte plus, en argent et en énergie, que ce qu'on récupère. Un locataire multirécidiviste, un logement bloqué depuis des mois, une procédure qui traîne : à un moment, la question n'est plus « comment récupérer mon loyer » mais « est-ce que ce plex vaut encore le stress ». Ce calcul est légitime, et il mérite d'être fait froidement.

Additionnez le solde impayé, les mois de vacance forcée, les frais, le temps consacré et l'usure nerveuse. Comparez ce total au gain net d'une vente. Pour certains propriétaires, surtout ceux qui approchent d'autres projets ou de la retraite, une sortie propre vaut mieux qu'une bataille qui s'éternise. La bonne nouvelle : un immeuble avec un locataire problématique reste vendable, notamment à un acheteur spécialisé qui achète des multilogements « tels quels », locataires en place inclus.

Recouvrer ou vendre : la grille de décision

  • Un seul impayé isolé, locataire par ailleurs fiable : poursuivez le recouvrement, souvent réglé par une entente.
  • Impayés répétés, préjudice sérieux, relation rompue : la résiliation, puis une remise en location — ou une vente — se justifie.
  • Immeuble qui vous épuise, projets ailleurs : chiffrez la sortie et comparez-la au recouvrement.

Pour approfondir cet arbitrage, lisez notre guide Loyer impayé : vendre son plex ou attendre?. Et si la vente devient l'option la plus sensée, ImmoMulti peut vous soumettre une offre directe sur votre multilogement de la Rive-Nord, locataires en place compris, sans courtier ni commission.

Questions fréquentes

Non, la mise en demeure n'est pas obligatoire pour déposer une demande de non-paiement au Tribunal administratif du logement. Toutefois, elle est fortement recommandée : elle constitue une preuve écrite du retard, elle interpelle formellement le locataire et elle ouvre souvent la voie à un paiement ou à une entente avant l'audience. Dans certains recours civils, la mise en demeure est requise pour réclamer certains dommages. Éducaloi explique ces nuances.

Le loyer est dû le premier jour de chaque terme, généralement le 1er du mois. Dès que le locataire est en retard, vous pouvez lui transmettre une mise en demeure. Pour demander la résiliation du bail au TAL, le Code civil exige toutefois plus de trois semaines de retard, ou un préjudice sérieux. Beaucoup de propriétaires envoient donc la mise en demeure tôt, mais attendent le seuil légal avant de déposer la demande de résiliation.

Elle doit identifier le locataire et le logement, préciser le montant exact dû (mois par mois), la date d'échéance, la mention « MISE EN DEMEURE », un délai clair pour payer (souvent 10 jours), les conséquences en cas de défaut (recours au TAL, résiliation, dommages) et votre signature avec la date. Un langage factuel et poli est plus efficace qu'une menace.

Le délai doit être raisonnable. Un délai de 10 jours est courant et généralement jugé suffisant pour un paiement de loyer. Un délai trop court (par exemple 48 heures) peut être perçu comme abusif. Précisez une date butoir claire et un mode de paiement, puis conservez la preuve d'envoi.

Privilégiez un mode qui laisse une trace : courrier recommandé avec accusé de réception, ou un envoi en main propre avec témoin. Le courriel peut appuyer le dossier mais est plus contestable. Conservez une copie de la lettre, la preuve d'envoi et l'accusé de réception : ces pièces serviront devant le TAL.

Oui, et c'est souvent la solution la plus rapide et la moins coûteuse. Mettez l'entente par écrit : montant du solde, échéancier de remboursement, dates et signatures des deux parties. Une entente écrite protège les deux parties et peut être présentée au TAL. Si le locataire ne la respecte pas, vous conservez tous vos recours.

Vous pouvez réclamer les loyers dus et, devant le TAL, demander que les frais judiciaires (dépens) soient mis à la charge du locataire perdant. Les intérêts au taux légal peuvent aussi être réclamés sur les sommes dues. Vous ne pouvez pas exiger de pénalités non prévues au bail ni des avances de loyer interdites par la loi.

Si le délai accordé expire sans paiement ni entente, l'étape suivante est de déposer une demande au TAL pour recouvrement et, selon le retard, résiliation du bail. Votre mise en demeure et sa preuve d'envoi deviennent alors des pièces clés de votre dossier de preuve à l'audience.

En 2026, les frais de dépôt sont d'environ 83 $ pour la majorité des demandes et peuvent atteindre 259 $ pour un non-paiement supérieur à 15 000 $. Les prestataires d'un programme d'aide financière de dernier recours peuvent en être exemptés sur preuve. Ces frais font partie de ce que vous pouvez réclamer au locataire perdant. Consultez la page « Frais exigibles » du TAL pour le barème à jour.

Les causes de non-paiement sont priorisées par le TAL, ce qui les rend généralement plus rapides que les autres litiges. Cela dit, « prioritaire » ne signifie pas « instantané » : entre le dépôt, la notification au locataire, l'audience et la décision, il faut souvent compter plusieurs semaines, parfois davantage selon le district. Déposer tôt, dès le seuil légal atteint, réduit le temps total.

Oui. Dans une cause de résiliation pour non-paiement, le locataire peut éviter la résiliation du bail en payant, avant que le jugement ne soit rendu, la totalité du loyer dû, les intérêts et les frais. Vous récupérez alors votre argent, mais le bail se poursuit. La loi privilégie le maintien du locataire dans les lieux lorsqu'il régularise sa dette.

Non, jamais. Même avec un jugement de résiliation en main, seul un huissier de justice peut procéder à l'éviction. Changer les serrures, sortir les meubles ou couper les services est illégal au Québec, même en cas de non-paiement, et peut vous exposer à des dommages. L'exécution forcée (éviction, saisie de biens ou de salaire) passe obligatoirement par l'huissier.

Si le locataire a quitté le logement en laissant une dette, la résiliation n'a plus d'objet mais la créance demeure. Vous pouvez réclamer les loyers impayés au TAL ou, selon le montant et le contexte, à la Division des petites créances. Encore faut-il retrouver le débiteur et qu'il ait des revenus ou des biens saisissables, d'où l'importance d'agir tôt avant qu'il ne devienne introuvable.

Oui, si le bail comporte une clause de solidarité. Chaque colocataire solidaire est alors responsable de la totalité du loyer, pas seulement de sa part. Vous pouvez donc adresser la mise en demeure aux deux et réclamer le plein montant à celui qui a les moyens de payer, à charge pour lui de se retourner ensuite contre l'autre. C'est pourquoi une clause de solidarité est un atout précieux dans vos baux.

Oui. Un paiement qui revient — chèque sans provision, prélèvement refusé — équivaut à un non-paiement : le loyer n'est pas acquitté. Conservez l'avis de la banque, ajoutez le montant au solde et procédez comme pour tout retard. Des chèques sans provision répétés peuvent aussi nourrir un argument de retards fréquents causant un préjudice sérieux, un autre motif de résiliation.

Possiblement. Le Code civil prévoit que des retards fréquents peuvent justifier la résiliation du bail s'ils causent un préjudice sérieux au propriétaire. Il faut documenter le motif : dates de chaque paiement tardif, relances, impact sur votre trésorerie. Une mise en demeure qui rappelle cet historique prépare bien ce type de dossier devant le TAL.

Vous pouvez réclamer l'intérêt au taux légal, fixé à 5 % par an au Québec, ainsi que l'indemnité additionnelle prévue par le Code civil, qui correspond à l'écart entre le taux applicable aux créances de l'État et le taux légal. Inutile de tout chiffrer dans la mise en demeure : réclamez « les intérêts au taux légal et l'indemnité additionnelle depuis chaque échéance », et le TAL en fixera le montant exact.

La prévention repose sur trois piliers : une sélection rigoureuse avant de signer (références de logement, emploi, dossier de crédit avec le consentement du candidat), un bail clair sans clauses illégales, et un suivi serré des paiements avec relance dès le premier retard. Sur la Rive-Nord, où la demande est forte, prendre le temps de bien choisir coûte moins cher qu'un locataire problématique installé pour un an.

Cela dépend du calcul global. Pour un impayé isolé avec un locataire par ailleurs fiable, le recouvrement se règle souvent par une entente. Mais si les impayés se répètent, que le logement reste bloqué et que la relation est rompue, additionnez le solde, les mois de vacance, les frais et l'usure nerveuse, puis comparez au gain net d'une vente. Un immeuble avec locataire problématique reste vendable, notamment à un acheteur spécialisé qui achète tel quel, locataires en place inclus.

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